05 mai 2007

parallelisme: une semaine de merde

Dimanche

Madeleine

‘Il est parti !’trois  mots simples qui  résume la situation ; jusqu’à  aujourd’hui je ne croyais pas cela possible.

Je m’étais toujours dit que malgré ‘les incidents’ lui et moi ce serait pour la vie. Il me l’avait promis, je l’avais cru.

J’avais eu  tort.

Que vais-je faire maintenant ?

Parler aux enfants ?

Il a préféré  partir avant leur réveil. Il a voulu leur éviter la déchirure d’un

départ soudain ; Je crois qu’il a surtout désiré leur laisser un souvenir heureux.

Pour lui aussi.

Il a pris sa valise, celle qui avait acheté pour nos premières vacances dans un motel au bord de mer. A Mimizan.

Tellement petite qu’on ne pouvait y mettre nos maillots de bain ! (j’en ris)

Quel bon souvenir ! Mais à quoi bon  y penser maintenant?

Il me faut préparer le déjeuner des enfants puis farder mon visage d’un peu de fond de teint afin de ‘couvrir’ce qui s’est passé  hier.

Non ! , que dis-je ,

je dois farder mon visage d’abord !

(à mon image,mes pensées  même sont  en désordre )

Je rentre dans la salle de bain. Je  me regarde dans le miroir. Je n’y vois que l’image d’une femme aux traits soudainement vieillis et bleuie et qui est pourtant moi.

J’ai envie de pleurer ; je n’en ai pas le droit. Pour les enfants. Ils ne se doutent de rien et il est de mon devoir de les protéger.

(Mon devoir : encore un mot qui n’est pas à sa place ici.)

Je tourne le robinet de l’évier, je fais couler l’eau, je m’en asperge le visage comme pour le purifier.

Je me regarde encore dans le miroir : sois forte ma fille !  me semble dire le reflet .

Tu en as vu d’autres !

Menteur ! C’est  complètement fini ! il n’y aura pas d’autres fois . Reflet tu mens !

Il ne reviendra plus.

Je baisse la tête, mes bras  sont  posés sur le rebord de l’évier.

(Cette femme bleuie et geignarde que la glace  me renvoie ne peut pas être moi !ce reflet ment ! (colère)

Une larme m’échappe malgré ma volonté. J’ai mal au visage, aux côtes mais surtout au cœur.

J’ai mal à en crever.   

Je m’assois contre la baignoire. Si je commence à pleurer sur mon sort je ne m’en sortirais plus.

Sois forte ma fille, sois forte !

Je prends le tube de fond de teint posé sur l’évier et je commence à me travestir le visage.

Je m’apprête à revêtir mon costume de maman parfaite.

Rien ne doit paraître. Je ne dois rien laisser paraître aux enfants.

Dans l’armoire accolée à la baignoire, j’attrape une robe au hasard, noir comme toujours, tachée probablement. Je l’enfile  avec difficulté.

Heureusement aujourd’hui c’est dimanche, les enfants dorment encore !

Mes petits trésors  blonds perdus, souriants dans leur sommeil peuplés d’ours de poupées et de maman/papa et de Papa /maman.

Dormez mes trésors…

(Je me dois  d’être femme mais surtout mais surtout d’être une mère. Responsable.

Ce que je n’ai jamais vraiment été  jusqu’à présent.

Il va me falloir travailler afin de subvenir aux besoins de la famille.(j’y pensera plus tard, pour l’instant…) m’occuper davantage des enfants)

Maintenant que  je suis seule avec eux, je dois apprendre à m’y faire.

Mais c’est loin d’être facile.

Surtout au début.

( Pense aux bons côtés du célibat : tu vas enfin pouvoir avoir le lit pour moi toute seule, dormir à pas d’heure, lire et lire , mettre mon programme télé préféré et déambuler en peignoir si tel est mon bon plaisir ;(sourire)

Et puis soyons folle ! J’inviterais mes amis, je ferais la fête avec leurs gosses et les miens.

Je sortirais parfois : Avec Laurent c’était impossible. Trop prévisible. Trop jaloux de tout.

Maman gardera les enfants de temps en temps….Que de projets, je ne m’en savais pas si riches !.

On sera heureux tous les trois ;OUI ! on va être heureux !     (exaltation)

Aie ! putain de côtes ! (je m’assois)

J’avais oublié cette douleur.Elle me rappelle la nuit de la veille et le drame.

La crise, la lutte, l’inacceptable…Le commissariat, la honte et patati et patata… !

‘Ils m’ont demandé de tout leur dire comme si cela n’était pas assez difficile à vivre. J’ai subi

leurs regards, leur docteur, leur interrogatoire :

-On vous a tapé où, Madame ? Avez-vous  eu des rapports sexuels sous contrainte  Madame? Vous voulez porter plainte Madame ?   C’est ce que je ferais si j’étais vous ! Vous savez, ces hommes -là recommencent toujours !

Et  ensuite ,il y avait eue la famille…

Le plus dur avait été de croiser le regard de Laurent. Le regard innocent d’un enfant !

Il ne se souvenait de rien. Amnésique.

Il  s’était réveillé en cellule, couché contre un ado parricide et drogué. Il se demandait ce qu’il foutait là. Il ne le  comprit que plus tard.

On l’emmenait vers d’autres horizons.

Je le rencontrai à la sortie de  mon audition. Il venait lui-même d’être entendu.

Nous nous retrouvâmes face à face dans le couloir du commissariat. Lui menotté et accompagné de deux policiers. Comme dans un  mauvais  western italien, la caméra était fixée sur les protagonistes de cette mauvaise farce du destin.

Emotion triste. Je le vis pleurer.

-C’est pas possible, dites moi que c’est un cauchemar ! hurlait-il

Madeleine dis- moi que c’est pas vrai ! Ce n’est pas moi qui ai fait cela ! Je ne suis pas un monstre ! Dis leur !

Ils mentent !

Je n’avais pu retenir mes larmes. Je préférais tourner les talons et m’en aller pendant qu’ils’ l’emmenaient.

Laurent était revenu au matin hésitant. Il avait décidé de partir.

_Maman !

Les enfants se réveillent. Fau-il que je leur parle ? (non, plus tard )

Laurent ! Déjà deux heures que tu es parti de ma vie et tu me manques, déjà !

Comment vivre maintenant ?

Et surtout, comment le dire aux enfants ?

Posté par ariscure à 17:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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